jeudi 3 juin 2010

Paris populaire


Ligne 2. Je vais m’en remplir les poumons de mon Paris populaire. Château Rouge. Barbès. Pigalle. Non merci pas de Marlboro remplies de foin. Non, je n’en veux pas non plus de ta ceinture Gucci. Je veux des trottoirs noirs de monde. Je veux que ça grouille. Que ça gueule. Je veux de l’arabe. Je veux de l’asiate. Je veux du turc. Je veux du parigot. Je veux que ça vive.

Je veux des tourniquets enjambés. Je veux du tissu au mètre. Du bouton à l’unité. Je veux un coït de loukoum et de croissant au beurre. Je veux que le grec nique le jambon-beurre. Je veux du thé à la menthe sur un coin de zinc. Je veux de la fripe. Je veux du Tati. Je veux du Subutex dans les égouts. Je veux m’en repaitre jusqu’à l’abandon de mon Paris populaire.

Ligne 2. Une maman passe la porte automatique. Sept ans. Peut-être huit. Jolie. Longs cheveux blonds. Sweat rose à capuche. Petit singe pailleté à l’avant. Air malicieux. Elle se penche mais chuchote trop fort, comme tous les enfants.

"M’man ! M’maaaaaan ! C’est une fille ou un garçon ?"

Elle me montre d’un mouvement de menton.

Sa mère me regarde. Dubitative. Elle scrute mes baskets. Mon treillis militaire. Ma chemise à carreaux. Ma casquette. Je lis dans ses yeux qu’elle n’en sait foutrement rien. Alors, je me marre intérieurement.

Que j’aime ne pas être moi ni tout à fait une autre.

Que j’aime mon Paris populaire…