vendredi 5 février 2010

On appelle ça l'éducation...


On appelle ça l’éducation. On empêche la diffusion d’un dessin animé parce qu’il évoque l’homosexualité entre deux poissons. Éducation Nationale. Éducation vous dites ?

Les enfants seraient donc trop jeunes pour entendre parler d’attirance ou d'amour entre personnes de même sexe. Par contre, ils ne sont pas trop jeunes pour se traiter de "pédé" ou "d’enculé" dans la cour d’école. C'est normal.

La première fois que j’ai vu un sexe en érection c’était dans une encyclopédie. Le sexe énorme d’un cheval en train de s’accoupler. D’ailleurs, j’ai longtemps cru que tous les garçons avaient un engin aussi gros. Quelques années plus tard, je fus rassurée et amusée de me rendre compte que ce n’était pas le cas.

CM1...

Je me souviens très bien que je ressentais déjà "des choses" pour ma maîtresse à cette époque. Bien sûr, je ne mettais pas de mots sur "ces choses", mais c’était bel et bien le cas.

J’ai eu un seul cours d’éducation sexuelle au collège et je ne peux pas dire qu’il m’ait traumatisée, bien au contraire. Par contre, jamais je n’ai entendu parler d’homosexualité durant toute ma scolarité.

Ce qui m’a traumatisée ce sont les cours du genre dissection d’une grenouille vivante en sciences naturelles. Ça oui, je m’en souviens encore.

Mais là, pas de tollés, pas de lynchage médiatique, non. C’est normal.

Ouvrir au scalpel le ventre d’une pauvre batracienne gluante et gesticulante. Compter les battements de son cœur à l’air libre. Tu seras chercheuse ma fille. Qu’importe si tu es nulle en maths, qu’importe si tu détestes cette matière, qu’importe même si tu milites pour la défense des animaux.

Même topo pour ce putain de film d'une césarienne tourné en gros plan du début à la fin. C’est normal.

Donner la vie c’est si beau. Tu es une femme ma fille, tu te devras d’enfanter. Alors regarde bien, Regarde tout ! Tu as 12 ans mais regarde bien cette dame se faire éventrer, mate le sang, observe ses tripes, tu vois bien n’est-ce pas ? Tu entends ses cris ? Tu t’en souviens, dis Tati ?

Oui, j’ai 37 ans et je m’en souviens.

Par contre, l’évocation de l’homosexualité ou de l’homophobie... non.

Ha si, je me souviens avoir entendu parler de "ça" dans la bouche d’une infirmière scolaire, attendez que cela me revienne... Oui ! Un jeune homme s’était présenté en consultation car il souffrait d’une poussée hémorroïdaire qui le faisait horriblement souffrir. Elle l’avait reçu puis, j’étais entrée à mon tour dans la pièce pour avoir un cachet de paracétamol. C’est alors que l’infirmière s’est tournée vers l’assistante sociale qui était présente. Elle lui a dit texto "Il n’a pas qu’à être pédé, il aurait moins mal !".

Ha oui, en effet, au temps pour moi, j’ai donc entendu parler d’homosexualité au cours de ma scolarité.

J'avais ri nerveusement. Pour être "comme tout le monde". J'avais ri nerveusement pour ne pas partir en courant et chialer toutes les larmes de mon corps.

Pour "être comme tout le monde", je couchais avec des garçons, sans amour presque sans envie. Presque sans "en vie".

Je me savais différente et mes fugues oniriques n'avaient rien d'hétérosexuelles.

Mais comment grandir, trouver sa place et se construire lorsque rien n'est dit ?

Éducation vous disiez ?