jeudi 25 février 2010

Les amoureuses du bus 120


Quinze minutes que j’attends ce foutu bus. Il pleut des cordes sur ma folle journée. Difficile heures passées auprès de personnes broyées par la vie. Mots hurlés. Joues rougies par l’alcool. Sang plombé de molécules chimiques. Maladies qui rongent les corps.

Pourquoi il ne vient pas ce foutu bus ? Vite, je veux rentrer chez moi. Dans mon cocon. Mon havre de paix. Ma grotte salvatrice.

Elles sont là-bas, à quelques mètres de moi. Elles attendent le 120 qui ne vient pas non plus. Deux jeunes filles aux cheveux longs. Dix-sept ans. Dix-huit ans. Peut-être moins. La première est assise sur les genoux de l’autre. Elles se câlinent. Elles rient. Elles s’embrassent. Défient du regard les jeunes lascars à casquettes qui les toisent. Fortes de leur jeunesse. Fortes.

Je suis envahie par des sentiments curieux. Je souris. Je me dis qu’elles sont folles. Qu’elles vont se faire massacrer. Que cette banlieue là n’est pas friendly du tout. Je me dis qu’elles sont courageuses. Culottées. J’ai peur pour elles. J’ai envie de les féliciter. De leur dire de faire attention à elles. J’ai envie de leur dire qu’au même âge, je n’aurais jamais osé vivre mon amour aux yeux de tous, comme elles le font.

Et puis, leur bus est arrivé. Elles sont montées à l’intérieur. Et les portes accordéon se sont refermées sur les amoureuses du bus 120...

Le mien n’était toujours pas là.